Confinement par résilience
Photo by visuals on Unsplash
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La résilience est la capacité d’un écosystème à encaisser une perturbation puis à recouvrer son état initial de normalité. Pour nous, les humains qui apprenons de nos expériences, nous pouvons apprivoiser ce pouvoir de résilience sans altérer au final le “faire société” ; voire même améliorer l’état de normalité en le rendant plus réactif à recouvrer son état normal. Mais nous, les humains sommes capables aussi de l’effet inverse, on peut aussi ne pas recouvrer l’état initial parce qu’on aura choisi de l’altérer, inconsciemment ou à dessein pour le meilleur ou …pour le pire. C'est notre coté génial ou apprenti sorcier, c’est selon, notamment avec la technologie, et ce depuis la nuit des temps. De notre besoin de résilience naît l’innovation. Du coup, on rêve, on fantasme la résilience comme clé de survie dans un monde “collapsologisé”. Notre société traverse des crises multiples alors qu’elle baigne plus que jamais dans une soupe technologique. Une soupe technologique qui va augmenter durablement la société d’une capacité réactive. La technologie nous défie car elle nous propulse dans l’ère du "faire société" paramétrable pour faciliter l’adaptation de nos écosystèmes sociaux à la situation de crise. Or, la maîtrise de la technologie, ses enjeux, ses pharmakons ne sont pas suffisamment partagés, discutés, compris collectivement et individuellement en tant qu’acteur d’une société démocratique (citoyens, élus, travailleurs, fonctionnaires, gouvernants, chefs d’entreprise…).
Deux illustrations de l'utilisation de la technologie dans la résilience face au Covid-19 :

Megvii, société chinoise qui combine intelligence artificielle, reconnaissance faciale et détection de température via des cameras thermiques et qui déploie ce dispositifs aux sorties de métro.
Les caméras thermiques détectent les dépassements de température… C’est imparable mais très intrusif. Accepter de "se faire thermo-scanner" et pouvoir s’éviter la contrainte du confinement ? Etre surveillé ou rester chez soi ? Quelles libertés priorise-t-on selon la situation de crise, ici sanitaire ? La question de la résilience par la technologie devient la question fondamentale du politique, des législateurs et des juristes et donc des citoyens qui font les urnes dans leur ville, leur pays mais aussi dans les organisations via la représentativité salariale (du moins ce qu’il en reste). Un travail de sensibilisation et de créativité des acteurs du droit, des élus, de la société civile devient vital. Ces usages de surveillance de masse par caméra thermique sont à corroborer avec l’initiative de Waze qui décide “unilatéralement” de désactiver temporairement la signalisation de la présence de la police durant cette période de confinement. Un chef d’entreprise décide d’activer ou désactiver un “biduletech”…Un simple paramétrage fonctionnel. C’est selon son bon vouloir subjectif et selon son sentiment de solidarité et de responsabilisation éthique… et l’absence de cadre juridique.
Ce que cela nous dit de la technologie et la résilience dans une situation de crise
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1984, de George Orwell en 1949 |
Au fond, la résilience n’est pas le deuil d’un avant pour accepter le nouveau ou l’après. Elle est un mécanisme de défense et d’innovation d’un écosystème qui est en capacité à encaisser une perturbation et de l’absorber pour revenir à son état initial. Et la résilience par la technologie (c’est ce qui me préoccupe ici) est à rapporter aux humains, à leurs écosystèmes, donc à leurs activités et leurs psychologies : ce processus de résilience implique plusieurs étapes pour s’assurer de revenir à l’état initial et c’est là que pointe le risque technologique. Ce risque technologique qui exige une vigilance éthique, une acceptation lucide en tirant les leçons pour se garantir de la sortie de l’état d’urgence en n’adoptant pas pour normalité les mesures extrêmes qu’a nécessité l’état d’urgence …Le risque technologique c’est qu’il suffit d’appuyer sur un bouton pour activer ou maintenir un dispositif de détection de masse qui a la vertu de faire prévention en cas de crise mais qui peut s’il est maintenu après la crise devenir un système de surveillance orwellien et faire accepter aux gens le totalitarisme latent… comme normal.
Article également publié le 27 mars 2020 sur le blog Medium Demain.