Du Self marketing au Quantified Self marketing

Je découvre le "Quantified Self" , une nouvelle catégorie d'usages qui semble émerger et que décrit Emmanuel Gadenne sur son blog webusage.net  . Ce terme renvoie à un type de nouveaux services réalisés à partir des données personnelles produites et agrégées par les utilisateurs eux-même( self-tracking) grâce à des capteurs et devices adaptés.De l'User Generated Data qui fait sens, c'est-à-dire qui délivre un service personnalisé.Une manière de bidouiller pour soi même la techno et ses données comme on pouvait "tunifier" sa voiture. 

Une toute première conférence mondiale sur le Quantified Self est organisée en Californie fin mai, l'occasion de creuser et fédérer une communauté d'acteurs autour des enjeux du self-traking. 




Mon interrogation prospective : comment ce nouvel usage pourrait annoncer un nouveau mode d'interaction et d'engagement marques/cibles, un nouveau champ business et donc une nouvelle posture de marque dans ce fameux web 3.0 . Je m'explique:

Le Quantified Self  révèle un nouveau type d' utilisateur et un nouveau type de designer de services:" l' Homme self-serviciel " 

Pour ma part, et du point de vue marketing,j'ai compris ce nouvel usage comme la réinvention de l'assistance personnelle et plus largement du design de services personnalisés mais fait par les gens eux même grâce aux nouvelles données désormais de plus en plus accessibles  et des capteurs de plus en plus distribués et utilisables dans les sphères intimes du quotidien (espaces personnels et publics avec mon iPhone et les objets communiquants connectés à la maison et mes réseaux sociaux, par exemple). 
Une sorte de "self service self made", où moi, utilisateur, je suis suffisamment autonome pour me construire tout seul l'outil de mesure qui va mesurer ce qui m’intéresse et donc me rendre service.Une multitude de ce nouveau type de services sont déja répertoriésL'application quantter est à ce titre symptomatique. Sa promesse ?  "Quantter vous permet de tracer vos activités depuis un iPhone. Vous pouvez ainsi enregistrer vos efforts : nages, joggings, pages d'écriture ou ce que vous voulez... vraiment ! C'est facile, fun et social." 




Ainsi, apres l'homme social (web 2.0 ), l'homme connecté (mobile, multi-écrans), voici l'homme self-serviciel (web des datas contextuelles + hacking), la conjonction de ces trois facettes décrivant le prisme de l'ubimédia du point de vue de l'utilisateur, c'est à dire une approche personnal et contextual centric, où le social est un des ressorts mais pas que...(cf cette approche que j'ai décrite à propos du futur d'un facebook)  .


Du Self marketing au Quantified Self marketing ?

Depuis l'avènement du web 2.0 et durant le développement des services mobiles, les marques cherchent à  "rendre service" ou adopter une posture de "branded utility" comme moyen d'engagement et de mise en relation avec les consommateurs.  La marque utile propose alors des dispositifs dits de self marketing , le fameux  "do it yourself". Ce "do it yourself " se formalise en package relationnel,  un service personnalisé que des marques ou entreprises conçoivent pour leurs clients, s'appuyant sur des données qu'elles achètent à des tiers ou qu'elles génèrent elles-mêmes. Souvent ces applications utiles sont dotées d'une couche sociale mais c'est bien le service rendu à la personne qui prime, au bon moment au bon endroit : social certes mais surtout, personnal et contextual centric, dans un but d'engagement marketing et de fidélisation à la marque.
Le design de services relève donc de la compétence et de l'initiative de la marque . Et le client  joue bien le rôle d'utilisateur-acheteur du dit service. Ce consommateur s'il ne confectionne rien,  accepte se faisant de prendre à sa charge une partie du travail que la marque délègue. Un travail qu'il perçoit comme une liberté, une souplesse d'action. Par exemples, imprimer ses billets,  se proclamer guide touristique du coin tout en se checkant à tel endroit et y déposer un avis sur tel POI,  gérer une partie du dépannage en signalant sa position pour recevoir une assistance. C'est pratique, le client est satisfait parce qu'il contrôle un peu plus les choses. Et la marque en tant que designer de services, fait des économies d'échelles, renforce le lien . Surtout, elle développe son empathie au client puisqu'elle récolte en échange une masse de données sur la connaissance client.


Avec le Quantified Self, on dépasse le Do it yourself  . Tout devient "mesurablement utile"  dans sa vie parce que les data seraient là, lisibles et accessibles  avec des nouvelles technos qui permettent de lire et décoder comme jamais auparavant . Le Quantified Self  fait de chacun "le designer de son propre service personnalisé":  du self made serviciel en quelque sorte. Le consommateur devient concepteur de son "do it yourself"; il fabrique lui-même son mashup serviciel.  On bascule d'un mode consommateur de service utile à un mode créateur de service utile grâces aux outils qui vont lui permettre de valoriser les données qu'il aura généré ou puisé chez ses pairs. .Le Quantified Self serait une forme de démocratisation du hacking réservés jusqu'alors aux initiés d'un clan de quelques "techno-créatifs libertaires ou startupeurs" . 

Et les marques dans tout ca ? Elles organisaient la conversation au temps du web 2.0, innovaient en donnant plus de liberté et d'autonomie à l'utilisateur en lui délégant des tâches et du pouvoir . Et maintenant ? Elles devront-elles proposer des kits "fabrique ton service tout seul" comme l'application Quantter citée plus haut.
Avec le Quantified Self, les marques ne créeraient plus le service mais mettraient en place et animeraient des plateformes sociales fournissant data et modules de calcul  et d'assemblages et d'interactions multi-devices, basées sur des stocks de données qu'elles possèdent-génèrent, qu'elles achètent ou qu'elle gagnent, c'est-à-dire celles que utilisateurs produisent. Cette posture de marque s'incarnerait dans une sorte de mécano universel mis à disposition de leur clients pour que ceux-ci y assemblent leurs propres services personnalisés.


Vers le business des data et la marque comme pourvoyeuse d'un mécano serviciel ?

Mais pour que cette tendance se confirme et mute en usage accepté et exploitable par les marques (qui rappelons-le, cherche à dynamiser leur empathie et agréger de la connaissance client) , il faut que les data soient véritablement à portée. Et la , se dessine un marché et une philosophie du monde digital et du monde tout court qui laissent songeur.
  • Soit les marques bénéficient naturellement d'un avantage concurrentiel : de par leur métier, elles générent des stocks de données, qu'elles peuvent distribuer plus ou moins gratuitement au travers de leur kits Quantified Self  (la pateforme mecano).Voir même,  elles deviennent fournisseuses tiers de data contextualisées. Je pense aux banques, notamment. Ou comment la connaissance client des bases CRM peut devenir une matière à transformer en ressource ! De l'Open CRM en quelque sorte :)
  • ou bien elles vont devoir acheter des données pour pouvoir engager ce nouveau mode relationnel :(
  • troisième possibilité et directement liée à l'essence du self-tracking : c'est le consommateur qui génére ses propres data (en courant par exemple, sur telle distance, à telle vitesse, données capturées et analysées par le capteur iPhone) ; mieux ce sont tous les consommateurs qui les génèrent et se partagent ces données dans un mecano collectif, chacun  pouvant y fabriquer le service personnalisé had hoc. Une sorte de factory data peer to peer, que la marque mettrait à disposition.


les prémisses  d'une telle posture de marque :  la plateforme opensen.se ?


Autre exemple inspirant (via @harscoat)  : GreenGoose,  vers platerforme Quantified Self marketing ? 



Ainsi le Quantified Self  en tant qu'usine personnelle de services sur mesure pourraient bien se nourrir à la fois de données payantes, publiques et "fait maison" (UGD). Et se dessinerait alors  un appstore couplé d'un datastore où les data seraient rangées par catégories thématiques  et pour chacune d'entre-elles une communauté de niche d'utilisateurs , les "Quantifier-self" du sport, de la santé, de la domotique, de la  ville , des déplacements,  etc.



Et  le secteur public et les collectivités ?

Si les acteurs du service public cristallisent beaucoup de créativité et d'ambition en se lançant dans l'open data, c'est parce qu'ils promettent de revitaliser l'esprit de service public en apportant aux citoyens des facilités d'usage au quotidien grâces à des services de proximité innovants .Le Quantified Self peut aussi réinterroger le rôle des collectivités en ce sens qu'elles devront aussi tenir compte de la capacité de leurs administrés à fabriquer eux-même et pour leur propres usages et intérêts des applications servicielles sur la base des data qu'ils auront générées eux-mêmes et pas seulement à partir de celles mises à disposition par les collectivités.



De Facebook à iFacebook ?




Une réflexion sur l'évolution des réseaux sociaux me tarabuste depuis quelques temps : derrière un fan, il n'y a pas que ses amis et ses marques stars, mais un utilisateur dans ses contextes d'expérience avec leurs data et ses centres d 'intérets; et un utilisateur qui  de surcroît, "possède" une identité numérique  techniquement "universelle" c'est-à-dire interopérable, tel un sésame simplificateur de l'accès ubiquitaire. Mon socialgraph, c'est avant tout l'extension de ma personne et ce socialgraph ne se limiterait pas aux amis, ni à mes marques préférées. Le champs d'application pourrait être plus vaste. Il deviendrait serviciel, applicatif, transactionnel, everywhere.So what ? 

J'avais besoin d'une série d'éléments déclencheurs pour coucher sur le papier cette intuition. Je réagis donc ici à cet article de Fréderic Cavazza  listant de précieux et récents chiffres tempérant l'efficacité business de Facebook ( cf qq exemples ci dessous)  au moment où pourtant une grosse agence developpe un solution de f-commerce social et quand le responsable FB des partenaires en France déclare que FB est sous exploité par les cybermarchands en Europe. Et comme pour ponctuer le tout, le blog de FB distille de savoureux ROI  aux USA sur le social-commerce vantant un "facebook effect" (sentant le doute d'installer chez les annonceurs ?)




Ce bouillonnement d'annonces et de chiffres se contredisent plus qu'ils ne se complètent et s'ils viennent questionner la maturité de Facebook pour le business, ne sont-ils pas plutôt le signal d'une évolution, voire une mutation du réseau ? 

Formulation de cette intuition quand à l'évolution de fond des réseaux sociaux:
Facebook voit sa courbe d'adoption se consolider fabuleusement et l'apprentissage de l'outil rentre dans les moeurs. Et surtout, la masse critique d'utilisateurs continue à croitre. Mais on assisterait à une mutation, quittant l'approche social centric pour se déplacer vers une double approche: personal centric et contextual centric, inévitable dans un monde de plus en plus connecté, social et mobile, le tout baignant dans l'intelligence des données, où la personne y gagnerait en intelligence d'usage et de services personnalisés selon ses centres d’intérêts et besoins propres. C'est mon hypothèse. Et remettant en cause du coup, la mesure de la performance et la manière d'envisager l’intégration business de Facebook par les annonceurs et leur agence conseil ?

Voila, c'est dit.

Qu'est-ce qui me pousse à cette formulation ?
  • Déjà, interroger les chiffres : je serais bien curieux de connaitre la part des anciens visiteurs qui ne viennent plus sur le site de marque mais vont et restent sur Facebook . Et inversement,  je serais bien curieux de connaitre les comportements de ces internautes amenés depuis FB sur le site de marque ou ecommerce : ces 3 % sont-ils déçus ? Sont-ils au contraire pro-actifs , augmentant le taux de transformation du coup ?  Sont-ils plus  fans que les autres visiteurs précisément parce qu’ils sont fans?  Ces 3 % de visiteurs sont-ils autrement valorisables ? Et  s'ils sont si peu nombreux, ne serait-ce pas aussi parce que votre site de marque et ecommerce n'intègre que trop peu souvent la possibilité pour les fans et facebookers de s'interfacer à votre site via un facebook connect ?  Ceci expliquant cela...Donc, ce 3 % ne me surprend pas et surtout me fait poser question sur le fait que Facebook est sans doute destiné à autre chose qu'un simple "referrer" dans son dashboard.
  • l'impact des autres moyens d'accès à Facebook : je serais bien curieux aussi de connaitre l'impact d'une application mobile de réseau social tel qu'une application Facebook iPhone sur  le taux de transaction (dont l'achat) au final quand la situation d’un besoin, le contexte d’usage nécessite une réaction immédiate (temps réel oblige).Le passage obligé par votre site pour faire audience n'a pas de sens ici. Bref, quid de l'impact des autres devices et du contexte d'usage, du besoin à assouvir sur place  ? Pourquoi  se référer à la sacro-sainte audience du site de marque comme KPI "faussement légitimant" quand  on risque  en parallèle de sous estimer un « effet facebook » dans la vraie vie, IRL  ? C'est-à-dire limiter Facebook à un canal de masse parmi d'autres . Se faisant, on  occulte le fait qu'il  est potentiellement un canal connecté aux contextes d'usage du facebooker dans un monde de plus en plus mobiles, social et connecté, foisonnant de nouvelles données qu'on peut rendre intelligibles à l'échelle d'une personne et à l'échelle de sa ou ses communautés d'amis et d’intérêts.
Il y a  donc un potentiel à  envisager Facebook comme un média social et personnel, de niches  et situationel massif et non plus seulement le cantonner à un simple média de masse et de buzz avec ses pairs. 

Autrement dit, cette vision critique des réseaux sociaux  vient  à un moment où précisément FB peut apporter des solutions matures transactionnelles personnalisées de toute nature. Pourquoi pas ?  Je m'explique : Facebook  serait en train de devenir  La méta interface personnalisée  intelligente  (socialgraph oblige)  de l'individu utilisateur ? FB comme agrégateur de mes niches d'amis mais aussi  et surtout de mes communautés d’intérêts,  de mes  services personnalisés et mes comptes clients et SAV , accessibles et interagissant  de partout ( navigateur web, mobile, TV connectée, devices NFC connectés),  via une identité unique universelle. Facebook devenant un " iFacebook", fort de cette capacité de l’outil à me « socialgrapher » mes centres d’intérêts, mes lieux, mes préférences, mes objets, mes achats, mes jeux, et fournir l'application utile correspondante,  bref une capacité à traiter mes expériences de vie digitales et donc la vie tout court puisque tout se digitalise.

Facebook, ca serait, sera (?) donc plus que mes amis, plus que vos fans .  Facebook pourrait muter en  une sorte de portail ubiquitaire de sa vie digitale interconnectée à tous ses services, informations, thématiques qui l'intéressent  et communauté d'amis,  situations, en temps réel, différé et archivé ?

"Facebook = > iFacebook"
posture business  relationnelle, social centric => posture business  transactionnelle, personal et contextual centric

Ainsi, pour conclure : dépasser  FB comme une simple interfaçage à sa communauté d'amis  et donc dépasser la référence au comptage des fans . Mais creuser la notion de fan et de socialgraph en ce sens  que « derrière chaque fan, il y a un utilisateur, des envies ( centres d’intérêts), des usages, des contextes et des data » . Inventer comment l’émotionnel,  le social, le contexte et le personnel,  peuvent engendrer du transactionnel collectif ( ex : achat groupé in situ, consommation d'électricité de mes pairs et de mon quartier…)  et du transactionnel individuel (fcommerce, répondeur intelligent, journal d'alerte local, gestion domotique, data mashup personnel). Bien sur, la question de la protection de la vie privée n’en est que plus criante autant que le confort promis d'une méta personnalisation servicielle à la mesure et la portée de chacun,  via un réseau tel que Facebook .
 Ce Facebook transactionnel là, relève-t-il de la rêverie ? Sait-on jamais… Que confirmeront tous les chiffres en 2015 ?  A suivre !