Les hyperlieux comme interface relationnelle ubimedia

Un précédent billet portait sur nouvel usage, le réseau social de quartier, à savoir la démarche de ma-residence-fr et le projet du Nouveau Vivre ensemble de Charles Berdugo ( lire mon billet précédent) qui fait du lieu de vie des résidents une communauté active locale matérialisée dans un réseau social digital. J'y indiquais l'importance que revêt la notion de proximité dans la compréhension des nouveaux usages de la mobilité, mais une notion de la proximité qu'il faut appréhender au delà du sédentaire et du résidentiel.

L'enjeu de l'internet de proximité s'inscrit dans une approche plus globale que l'ancrage sédentaire car il doit être compris aussi sous l'angle des trajectoires entre les lieux qui matérialisent la mobilité de chacun.

L'internet de proximité est à mon sens le grand virage des services digitaux qui s'opère aujourd'hui et qui va impacter la présence de marque, notamment en l'orientant sous l'angle des services locaux et glocaux (si on intègre la mobilité).

La révolution web 2.0 n'était-elle qu'un signe annonciateur d'une révolution plus grande encore ? Je parle de ce réinvestissement du réel par le digital, le réel devenu interactif et communiquant, où l'interaction au contexte devient la nouvelle interface ubimédia, ce que j'appelle l'hyperlieu . L' hyperlieu par analogie avec hyperlink et cette idée que l'usage du lieu où on se trouve ou qu'on traverse, est augmenté : services personnalisés, fluidité et réactivité, échanges et partages des flux d'information , de conversation, de transaction liés au contexte.
Augmenter un usage" n'est pas un nouveau "babarisme" geek qu'on évoque souvent à propos des technologies de réalité augmentée mais est bien une notion à apprivoiser en situation de mobilité et l'expérience au contexte réel. Pour illustrer la notion d'usage augmenté, j'aime bien prendre l'exemple de ces ados activant et désactivant "on demand" les roulettes de leurs chaussures (rolling shoes) en fonction de leur humeur mais aussi de l'endroit où ils se trouvent, passant de l'état de piéton à l'état de "bolide" sur un passage piéton avant que le feu ne passe au vert ...



Ainsi, l'individu nomade, homo-mobilis, est avant tout un individu des hyperlieux, un individu multi-contexte.

Et du coup,
changement de la donne pour les marques qui avec le web 2.0 apprenaient à devenir "conversante", doivent aujourd'hui
apprendre la mobilité , toujours dans le souci d'optimiser le relationnel avec leurs cibles . La formule" être là où se trouvent et se retrouvent les consommacteurs" est encore plus appropriée avec cette notion d'hyperlieu.

Les réseaux sociaux de proximité tels que Peuplade.fr, ma residence.fr se rattachent à un type de lieu bien spécifique :le lieu sédentaire ou le local de résidence et son écosystème d'acteurs locaux et donc de services connexes.De même, dans les autres types de lieux : le lieu du travail, les lieux du trajet quotidien et cette idée in fine que l'individu est un nomade avec son lot de trajectoires, de points de départ et de destination quotidiens qui sont autant de lieux de vie familiers ou inconnus à apprivoiser.

Ce qui nous amène à prendre en compte un nouveau terrain de jeu relationnel pour les marques , alliant marketing de la provenance et de la destination, trigger marketing, waiting marketing, bref ce qu'on pourrait appeler " marketing in situ ". Et de considérer les situations de mobilité et les écosystèmes de proximité rapportés à chacun de ces lieux de voyage quotidien
comme un nouveau prisme pour imaginer et orchestrer des nouveaux canaux relationnels liés aux hyperlieux . La marque, au plus pres des nouveaux usages, comme opérratrice de services locaux ?




Les hyperlieux comme interface relationnelle ubimedia entre une marque infomobile et un client mobile
agrandir le schéma

La proximité concentre l'essentiel des lieux de vie du consommateur
(source Journal de campagnes, P.Q.R 66)

agrandir le schéma

Les enjeux de la mobilité et de l'internet de proximité couvrent donc d'autres échelles que le sédentaire. L'individu nomade est relié à ses autres hyperlieux, qui ponctuent les étapes de ses itinéraires et univers nomades quotidiens: hyperlieux d'ancrage, hyperlieux de passage ou de transit, mais aussi hyperlieux impromptus, voire accidentels. Et pour chacun de ces hyperlieux une mémoire vive de traces nomades et les services connexes associés : des hyperlieux qui se souviennent, qui s'actualisent, qui se partagent, qui agrègent des conversations.

Ainsi, l'essor des nouveaux usages de la mobilité (ces réseaux sociaux de proximité entre autres ) sous l'impulsion d'une démocratisation des technologies mobiles (
par exemple, les nouveaux connecteurs et transmetteurs de l'internet des objets équipant les nouvelles interfaces urbaines, la ville 2.0 et son 5eme écran ) imposent un nouvel angle de lecture de l'internet du point de vue de la conception d'interface et de services interactifs, du marketing et du relationnel de marque.

Les hyperlieux peuvent être considérés comme l'interface relationnelle ubimedia avec des clients, des consommateurs ou usagers, devenus nomades connectés à l'internet ambiant mais en prise avec les différentes sphères du réel de proximité qu'ils habient durablement ou de manière temporaire ou éphémère ( celles où je suis comme celle où je vais, bref tous mes hyperplieux) . Et de ce point de vue , s'interroger sur les opportunités de présence de marque dans ces hyperlieux.




Présence de marque en point de transit dans l'hyperlieu Gare de Lyon
Campagne IKEA en gare de Lyon cet hiver par l'agence Ubi-bene , Ubi justement ;-)


Pour aller plus loin:
Suivre le blog éclairant de Bruno Marzloff du groupe Chronos
Suivre le programmes ville 2.0 de la Fing etDaniel Kaplan
Voir aussi ce billet sur l'intitiative Bluenity d' Air France KLM
Marketing Magazine, N° 132, Juin Aout 2009, "Mobilité, quand tu nous tiens".

Les réseaux sociaux de proximité comme liant social dans la vraie vie ?




J'ai assisté mercredi 17 avril au premier colloque sur le Nouveau Vivre ensemble et l'internet de proximité, à l'occasion du lancement d'un ouvrage Le nouveau Vivre ensemble, ( éditions Descartes & Cie, 2009) rédigé par Charles BERDUGO, porteur du projet de réseau social de proximité ma-residence.fr et livrant à travers cet ouvrage un véritable plaidoyer en faveur du lien social et la nécessité de réinventer les formes de vivre ensemble aujourd'hui. Le débat animé par Jean-François Rabilloud (journaliste à LCI) unissait aussi Atanase PERFIAN ("La fêtes des voisins" et "Immeubles en fêtes", voisinsolidaires.fr, c'est lui !) , Guillaume ERNER, sociologue et professeur à Sc Po, Laurent MARUANI, économiste et professeur à HEC...Il a été beaucoup question de la réalité du lien social aujourd'hui dans les villes et comment celui-ci se désagrège et en quoi les nouvelles technologies de l'information pouvaient le "réinitaliser". J'ai retenu plusieurs idées fortes :

1.
Précarisation du lien social
  • "Le vivre -ensemble va moins en soi", nous sommes dans une société de défiance et individualiste avec un réflexe au repli sur soi. Le nombre d'associations en France n'augmentent pas contrairement au reste de l'Europe, tandis que 90 % des associations françaises sont des associations orientées conso, la part des associations d'entre-aide et d'action collectives faiblissant.
  • On est passé d'un lien d'appartenance à un lien de processus, de service: conséquence, l'entretien de ce lien a un coût.
  • La durée moyenne des liens sociaux se raccourcit sur toutes les sphères de socialité : emploi, couple, amis, résidence, ... Bref, "la relation à l'autre est tout sauf durable".

2.Émergence de nouveaux comportements, la crise comme catalyseur de changement
  • La crise peut accélérer le changement en favorisant les initiatives locales dopées par un esprit web 2.0 ( logique participative, maillage des relations d'individus entre eux, co-créativité) lequel peut inspirer une autre façon de vivre ensemble, de partager et se ré approprier le local sur les différentes échelles de vie du quotidien sédentaire : le quartier, la rue, l'immeuble, la résidence.
  • Le succès des nouvelles formes de socialité sur l'environnement de proximité via lesquels les habitants réinvestissent leurs lieux publics de vie en actions, en vécus partagés, en émotions, en rencontres, en projets tout en préservant les sphères intimes ou individuelles. Je pense à l' engouement pour les fêtes de quartier, je pense aux fameuses flash mobs, aux différentes fêtes locales (fêtes des jardins, vide-greniers, etc...).
  • Un comportement d'achat qui "s'écologise ": l'acte d'achat s'allonge dans la durée et se localise : on prend le temps, on se concerte, voire même on prête pour ne pas dire on troque, on fait soi-même . Allons nous vers une sorte d'économie locale de recyclage ?


3.Des nouveaux réseaux social digitaux à l'échelle du quartier, de l'immeuble, du proche quotidien
  • Les réseaux sociaux de proximité tels que peuplade.fr, Voisineo.fr et Ma residence.fr , voisinssolidaires.fr s'inscrivent dans cette dynamique et parient sur le potentiel des nouveaux modèles de relation de proximité sédentaires.
  • A l'inverse des réseaux sociaux plus classiques de type facebook, myspace où l'individu gère son personal branding le plus souvent derrière un avatar, on remarque que les individus qui s'inscrivent dans les réseaux sociaux de proximité utilisent plus aisément leur véritable identité. C'est un signal fort d'implication dans le réel où l'usage du virtuel n'a d'autres fins que d'améliorer, faciliter, augmenter l'usage du réel de proximité et de se représenter à visage découvert . Et le grand intérêt de ces nouveaux services on line de proximité est de fournir simplement des outils pour agir localement et permettre à l'individu d'augmenter sa capacité individuelle à participer au collectif local.




4.Pour activer et dynamiser un écosystème relationnel de proximité
  • Enfin, c'est permettre une interactivité concrète et vivante entre des acteurs locaux qui de part leur statut, structure, temporalité, ne communiquaient pas ou mal, voire pas du tout. Ces réseaux sociaux de proximité sont donc un moyen simple et immédiat de connexion et mise en relation d'un écosystème local d'acteurs entre eux : syndic, commerçants, bailleur social, élus, prometteurs, entreprises, résidents... "Un écosystème de la proximité qui interagit pour créer du lien social" pour reprendre Charles Berdugo.

5.Des freins à la mise en place de ces réseaux sociaux de proximité ?
  • Atteindre une masse critique locale (le seuil de "20 000 habitants par ville" a été évoqué ?) pour gagner en efficience
  • Faire évoluer les mentalités même si les comportements d'implication participative et la culture 2.0 sont des signaux favorables à ce changement de mentalités. Le web 2.0 traduit une prise de conscience que tout un chacun peut agir sur son environnement (cf le fameux consomm'acteur). Il est vrai que certains acteurs de l'écosystème de proximité sont culturellement moins enclins à cette approche...
  • Le risque de la surexposition et la perte de contrôle de sa réputation locale (personal branding local)
  • La sécurité des données et le respect de la confidentialité: cela suppose donc des CGU optimales garantissant les droits des membres de ces réseaux
  • Le risque que la technologie soit pensée avant les usages alors que ce sont les usages qui sont à inventer, la technologie venant s'y greffer et y apporter fluidité et efficacité. Tout reste à inventer, à tester, à observer.



En conclusion, un débat passionnant, l'envie de décortiquer ce livre . J'émettrais juste une remarque : les réseaux sociaux de proximité ne peuvent se limiter à une vision sédentaire mais s'ouvrir aussi à une vision repère du lieu d'habitation ."Mon chez moi" ou "mon immeuble "sont un repère plus qu'un lieu sédentaire. Penser donc ce réseau social on line de proximité comme superposé de couches fonctionnelles ouvertes permettant de rendre mon immeuble et ma communauté de voisins comme un tout communicant hic & nunc, à distance, "everyware" partout où je suis. Certes j'y vis, mais j'y vis autour et surtout j'en viens et y retourne " .

Il y a une dimension "ubiquitaire", "infomobile" et de trajectoires à associer entre tous ces points d'ancrage et de passage dans les lieux du réel qui jalonnent nos chemins quotidiens ; ce qui suppose une infosphère inter-connectée des lieux de chacun
( vision que j'aborderai dans un prochain billet).

Pour finir, une petite vidéo de présentation de ma-residence.fr:
.